À Sète, la Saint-Louis perpétue 360 ans de joutes et de traditions

À Sète, la Saint-Louis perpétue 360 ans de joutes et de traditions

La 282ᵉ édition de la Saint-Louis vient de s’achever à Sète. Pendant une semaine, la ville a une nouvelle fois vécu au rythme des joutes nautiques, des défilés et des festivités. Une tradition particulièrement symbolique cette année, puisque 2026 marque les 360 ans des premières joutes organisées dans la ville.

Du 19 au 25 août, Sète a célébré sa traditionnelle fête de la Saint-Louis. Au cœur des festivités, les jouteurs ont une nouvelle fois investi le Cadre Royal, cette portion du canal qui traverse le centre-ville, bordée de quais où se pressent les spectateurs venus voir s’affronter les célèbres barques rouge et bleue.

Point culminant de la semaine, le Grand Prix de la Saint-Louis, a été remporté cette année par Valentin Casenove, de l’Avenir des Jouteurs de Sète.

Mais derrière le spectacle se cache une histoire intimement liée à celle de la ville.

Des joutes depuis la naissance de Sète

Il faut remonter au règne de Louis XIV. Au XVIIᵉ siècle, le pouvoir royal cherche à doter le Languedoc d’un grand port sur la Méditerranée, destiné notamment à offrir un débouché au futur canal du Midi.

Le 29 juillet 1666, la première pierre du port de Sète est posée. Pour célébrer l’événement, des joutes nautiques sont organisées sur les eaux du nouveau port.

Les Sétois ne les ont plus vraiment quittées.

Les joutes existaient toutefois en Languedoc bien avant la naissance de Sète. Une tradition les fait remonter jusqu’au XIIIᵉ siècle et des affrontements nautiques sont attestés dans plusieurs villes languedociennes avant 1666. Mais à Sète, elles vont prendre une dimension exceptionnelle et devenir peu à peu l’un des symboles de la ville

Le port de Cette (Sète) et le canal Royal à la fin du XVIIᵉ siècle, gravure datant de 1694-1697.

Pourquoi la « Saint-Louis » ?

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la Saint-Louis sétoise ne célèbre pas Louis XIV, sous le règne duquel le port fut créé.

Elle est placée sous le patronage de Saint Louis, c’est-à-dire le roi Louis IX, dont la fête est célébrée le 25 août.

Le grand tournoi de joutes de la Saint-Louis apparaît en 1743. C’est cette date qui sert aujourd’hui de référence pour numéroter les éditions de la fête : celle de 2026 était ainsi la 282ᵉ.

Au fil des siècles, le rendez-vous prend de l’ampleur. Les joutes restent son cœur, mais viennent s’y ajouter défilés, musique, bals, compétitions sportives et animations populaires. Interrompue notamment pendant la Seconde Guerre mondiale, la tradition reprend ensuite et continue de se transmettre de génération en génération.

   Saint Louis rendant la justice, miniature médiévale.

Rouge contre bleu

Le principe des joutes languedociennes paraît simple : deux barques se dirigent l’une vers l’autre. À leur extrémité, sur une plateforme surélevée appelée tintaine, se tient un jouteur.

Protégé par son pavois, un bouclier de bois, et armé d’une longue lance, chacun tente de faire tomber son adversaire dans l’eau au moment où les deux embarcations se croisent.

Mais rien n’est laissé au hasard : position du corps, maniement de la lance, équilibre, puissance et technique font toute la différence.

Et les deux couleurs traditionnelles ont elles aussi une histoire. À l’origine, les affrontements opposaient les hommes mariés aux jeunes hommes célibataires. Les premiers sont devenus la barque rouge, les seconds la barque bleue. Depuis le XIXᵉ siècle, la Saint-Louis est toutefois devenue une compétition individuelle.

Autour des jouteurs, tout un cérémonial s’est maintenu : les tenues blanches, les musiciens, les défilés et le vocabulaire propre à cette tradition.

Bien plus qu’un sport

À Sète, gagner la Saint-Louis n’est pas tout à fait comparable à remporter un tournoi ordinaire.

Les joutes sont profondément liées aux familles et aux quartiers de la ville. Certaines lignées comptent plusieurs générations de jouteurs et les rivalités ont longtemps opposé quartiers, sociétés et communes du bassin de Thau.

Le ministère de la Culture souligne d’ailleurs cette dimension particulière des joutes languedociennes : au-delà de la compétition, elles constituent un moyen d’affirmer une appartenance et une identité locale.

C’est probablement ce qui explique leur extraordinaire longévité.

 

En 2026, 360 ans après les premières joutes organisées pour célébrer la naissance du port, des milliers de personnes continuent de se masser autour du Cadre Royal pour assister aux passes.

Les barques ont traversé les siècles. Les lances et les pavois sont toujours là. Et à Sète, lorsqu’arrive la Saint-Louis, une tradition née presque en même temps que la ville reprend possession du canal.

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